Omnia Vanitas


Les œuvres en céramique d'Eileen Cohen Süssholz prennent place dans cette maison-musée consacrée à la vie et à l’œuvre d’Érasme dans un « tête à tête » avec une peinture ancienne, un meuble composite, une sculpture gothique ou encore un livre du 16e siècle. Elles interrogent, de manière ironique et décalée, les thèmes des plaisirs de la vie et de la mort qui sont des fondamentaux de l’être humain.

 

Introduction Zahava Seewald, Directrice des Musées Communaux d’Anderlecht Conservatrice de la Maison d’Érasme et du Béguinage Commissaire Le musée de la Maison d’Érasme a une longue tradition d’expositions liées à l’art contemporain. En 1946 déjà, le musée inaugurait une exposition temporaire de sculptures d’artistes belges dans les beaux jardins de la Maison. Ensuite, les expositions de sculptures en plein air auront lieu de manière récurrente jusqu’en 1966. C’est à partir de l’an 2000, et dans le cadre de « Bruxelles capitale européenne de la culture », que le jardin s’inscrit de manière permanente dans la contemporanéité. Appelé « Jardin philosophique », il propose un dialogue avec la pensée de l’humaniste traduite dans des œuvres d’artistes contemporains de renommée internationale. L’art contemporain reste central dans la politique d’exposition, de collaboration et de réflexion de notre institution. En 2008, Anatomie des Vanités, une exposition sur les cabinets de curiosités du 16e et 17e siècles, était accompagnée parmi d’autres, d’œuvres de Jan Fabre et Marie-Jo Lafontaine. Plusieurs autres expositions consacrées à des artistes contemporains se sont succédé, telles celles de José Maria Sicilia (2010), Damià Diaz (2012), Fabienne Verdier (2013), Pierre Alechinsky (2014) et Philippe Favier (2016). Aujourd’hui le musée met à l’honneur l’œuvre en céramique de l’artiste Eileen Cohen Süssholz dans une exposition intitulée Omnia Vanitas qui, de manière singulière et résolument moderne, prolonge une réflexion entamée avec l’exposition de 2008. Le memento mori (« souviens-toi que tu mourras »), ce thème intemporel et universel abordé dans cette exposition, nous rappelle de prime abord la fragilité de la vie et fait écho à la vie d’Érasme et la force de travail qui fut la sienne malgré sa santé fragile. Érasme portait au doigt un memento mori. Sur sa bague, une petite pierre gravée représentait le dieu Terminus, symbolisant la mort. Cependant pour l’humaniste, la présence de la mort était une invitation à ne pas oublier le temps qui nous est imparti. Cette posture semble résonner de manière pertinente face aux bouleversements majeurs que connaît notre époque. Les œuvres de Eileen Cohen Süssholz prennent place dans cette maison-musée consacrée à la vie et à l’œuvre d’Érasme dans un « tête à tête » avec une peinture ancienne, un meuble composite, une sculpture gothique ou encore un livre du 16e siècle. Elles interrogent, de manière ironique et décalée, les thèmes des plaisirs de la vie et de la mort qui sont des fondamentaux de l’être humain. Un tuyau de gouttière, un tuba, un sèche-cheveux et un couteau ne sont que quelques-uns des objets du quotidien associés à des représentations hautement symboliques empruntées aux peintures de natures mortes traditionnelles. Cette série d’œuvres en céramique tire son nom du genre de la nature morte de la Renaissance qui fait référence aux notions chrétiennes de vanité des biens terrestres, de superfluité des plaisirs et de fugacité de la vie. Un rappel solennel du ‘memento mori’ (souviens-toi que tu vas mourir) inscrit sur la face de la vie … et tout cela accorde à l’artiste et au spectateur une justification pour profiter de la représentation des biens terrestres, même si ceux-ci sont futiles. Le matériau des sculptures, la céramique, matériau fragile, proche des os, du squelette humain, renvoie également à la question de la mort. Cependant le vocabulaire iconographique et le glacis brillant contrastent joyeusement avec le thème annoncé. Si les objets sont toujours reconnaissables, leur statut, leur valeur monétaire, esthétique, leur signification dans le monde d’aujourd’hui sont très disparates. Ils sont associés à des ‘memento mori’ arrachés à leur contexte d’origine, pour faire partie d’une œuvre qui peut à son tour devenir un symbole, même si l’on ne sait pas précisément de quoi. Unis et fondus dans la matière et la couleur, ils renaissent dans des compositions à l’esthétique excentrique et tapageuse où la parodie et l’ironie tiennent une place importante. Si l’artiste tire aussi sa source d’inspiration de la poésie et de la littérature, comme l’indiquent certains titres, elle nous propose de ne pas assigner à ses œuvres des significations ou des interprétations spécifiques mais de laisser libre cours à ce que cette dissonance peut engendrer en nous. Biographie Dans sa pratique artistique, Eileen Cohen Süssholz a longtemps privilégié la peinture. Aujourd’hui elle s’est tournée vers la céramique, un médium permettant de traiter les sujets qui la travaillent de façon « à la fois sérieuse et ludique », selon son expression. Sa fascination pour la psychanalyse la conduit à considérer son approche de sa création comme le produit d’associations libres. Eileen Cohen Süssholz est née et a grandi en Afrique du Sud. Elle a commencé à la University of the Witwatersrand de Johannesburg des études artistiques qu’elle a interrompues pour entamer une carrière dans la publicité. En 2001, Eileen a déménagé en Belgique et y a poursuivi ses études. Elle détient un diplôme de dessin de l’Académie des beaux-arts de Berchem et a obtenu, avec la plus grande distinction, son baccalauréat en philosophie et études psychologiques de l’Open University of England. Elle étudie actuellement la céramique à l’Académie des beaux-arts de Berchem (Anvers). L’œuvre d’Eileen a été présentée dans l’exposition « Cent artistes en Liberté » au Musée Juif de Belgique (2016) et elle a été sélectionnée pour créer une installation in situ pour l’édition 2016 de « Sporen » à Ypres. Parmi ses autres expositions figurent l’exposition individuelle Omnia Vanitas à la Pedrami Gallery à Anvers (2018) et l’exposition collective que la Pedrami Gallery a présentée à l’Antwerp Art Pavilion (2019).

Musée de la Maison d'Erasme

Adresse

Rue du Chapitre 31

Code postal
1070
Ville
Anderlecht

Autres dates

  • 2020-11-26 10:00:00 UTC